Artisanat d’art, promotion du Made in Côte d’Ivoire : “Un jour nous aurons des usines de fabrication de chaussures de luxe en Côte d’Ivoire”

Avec la foi on peut gravir les montagnes dit l’adage. C’est le cas de l’artisan Cordonnier de luxe créateur de la marque ENGELO BOTE et de la Maison Engelo Bote. Dans cette interview l’artisan Cordonnier de luxe présente son parcours, son positionnement, ses ambitions avant de s’adresser à la jeunesse et au Premier ministre Patrick Achi.

Retrouvez cet entretien sur : https://youtu.be/VIUj8b0_Aks


Quels sont vos parcours scolaires et professionnels ?

J’ai fait mes classes à Epp Sicogi 7. C’est juste derrière le 16ème arrondissement de police à Yopougon. Après j’ai fréquenté l’école “Les Pigeons 2”, l’institution sacré-cœur d’Adjamé (Isca), le collège catholique Kirmann d’Abengourou, le collège Notre dame d’Afrique, l’EECG Plateau. C’est là que j’ai obtenu le Brevet de technicien supérieur en Gestion commerciale en 2003. Pour ce qui est du parcours professionnel, j’ai touché un peu à tout. J’ai été gérant de cabine téléphonique, vendeur de puces pour des maisons de téléphonie mobile, vendeur de produits cosmétiques à la zone industrielle. J’ai été commercial dans des agences de domotique. Après, un ami, Sosthène, m’a donné deux ballerines à vendre et voilà où nous en sommes aujourd’hui. Merci à Dieu. Merci à Sosthène. Merci à toute l’équipe qui est là aujourd’hui. Merci à tous ceux qui nous suivent et qui nous découvre.
La maison ENGELO BOTE

Retrouvez cet entretien sur : https://youtu.be/VIUj8b0_Aks

En clair, vous n’avez pas reçu de formation classique dans un centre spécialisé…
Non, c’est parti sur une opportunité de la vente de deux ballerines. Il me les a vendus à crédit, sept mille (7000 Fcfa) l’unité et je les ai vendus à 20.000 Fcfa chacune. J’ai pris ma part, je lui ai envoyé son argent. Après, je me suis retrouvé avec une autre opportunité de chaussures avec celle qui est mon épouse aujourd’hui. Nous avions commandé des chaussures, mais elle n’en voulait plus parce que les délais de livraison étaient déjà passés. Elle n’était pas contente. Je l’ai posté sur Facebook à 125.000 Fcfa. Elles sont parties en une semaine. C’est vraiment comme cela que c’est parti. Ce n’est pas une formation que j’ai voulue, que j’ai aimé et je suis rentré, non ! J’ai saisi une opportunité. Quand j’ai eu les 125.000 Fcfa après la vente des sandales en une semaine, Il y a eu un déclic. Je suis breveté depuis 2003. Jusqu’en 2013, je n’avais jamais touché 125.000 Fcfa. Je demande qui fait ces sandales, on dit qu’il s’appelle cordonnier. C’est comme ça que toute l’histoire commence. Je vois 125.000 Fcfa et je commence à rêver. J’ai commencé avec IB Design. Il est à Marcory. C’est lui que je rencontre la première fois. Il confectionne des chaussures que je revends. Après, je demande à IB s’il était possible d’apprendre avec lui. Chose qu’il accepte. Pendant pratiquement un an et demi, je quitte Yopougon Lubafrique Niangon, pour aller chez IB à Marcory. En même temps que j’achète les sandales avec lui, j’ai commencé à revendre sur les réseaux sociaux, sur Facebook notamment. Après près de deux ans, je demande à IB sa bénédiction pour me détacher de lui et me mettre à mon propre compte.
La Côte d’Ivoire va abriter la Coupe d’Afrique des nations 2023, comment est-ce que vous vous préparez à accueillir ce flux important de personnes qui visiteront vos boutiques ?
C’est une superbe question. Comment un cordonnier se pose devant la Can ? Déjà félicitation à notre pays la Côte d’Ivoire. Nous avons travaillé pendant dix ans. Nous avons une aspiration profonde. Hisser haut le drapeau ivoirien. Je pense que cette Can vient pour nous donner l’opportunité ; à nous de nous faire voir. Et par votre canal, la chose se fera. Quand l’ambassadeur A’salfo enfile une de nos pièces, il nous fait un tant soit peu, un 12m² pratiquement dans le monde entier. Le faisant, il prépare derrière, toutes ces personnalités. Quand elles viennent, elles lui demandent qui a confectionné ses chaussures et à venir nous visiter.  En 10 ans, nous avons travaillé de sorte qu’il y ai des personnes qui soient comme des ambassadeurs qui portent fièrement nos marques, nos créations, elles puissent en parler de fil en aiguille. Par la suite, ceux qui viendront soit pour le Tourisme, le sport ou les affaires, on trouvera la lucarne pour qu’elles viennent, voir, toucher, enfiler le Made in Côte d’Ivoire dans toute sa splendeur.
La Maison ENGELO BOTE
Quels sont vos produits ?
C’est vrai on parle de cordonnerie. Ce qu’on voit d’entrée ce sont les chaussures de ville, le mocassin, le soulier, la ballerine et les sandales. Mais derrière nous faisons beaucoup de choses. Nous habillons l’intérieur des voitures, les fauteuils. Chez ENGELO BOTE, vous trouverez une équipe qui travaille avec les mains dont les produits sont portés par les plus hautes personnalités à Abidjan et de la diaspora. Selon notre base de données, nos créations sont portées partout dans le monde. Venez à la riviera III, face au lycée américain et à Ivoire Trade Center (ITC) au Sofitel Hôtel Ivoire.
Quel est le positionnement de la Maison ENGELO BOTE ?
J’ai opté déjà à la base pour le luxe. Parce que je fais un travail artisanal, un travail de mains. Je n’ai pas une production de grande quantité. Et la Côte d’Ivoire n’est pas productrice de matières premières qui rentrent dans la confection de nos pièces. Donc, nous travaillons avec des matériaux de qualité donc couteux. Il fallait donc un certain positionnement. Il fallait donner à la cordonnerie ses lettres de noblesses. Dix ans durant, nous ne nous sommes pas éparpillés. Nous avons travaillé sur une niche, tout en nous intéressant aux ”shoes angels”. Et c’est vraiment de très hautes qualités.
“Un jour nous aurons des usines de fabrication de chaussures de luxe en Côte d’Ivoire”
Peut-on dire sans risque de se tromper que votre métier nourrit son homme ?
Quand je commençais, je faisais à peine 64 kilos. Aujourd’hui je suis à 90 kilos (rire). Ça ne nourrit pas son homme, ça embellit et anoblit son homme. Mon business n’est pas là pour le manger, boire et dormir. Mais, surtout pour inscrire la Côte d’Ivoire en lettre d’or. Le métier vous fait sortir du néant et vous met à la table des rois. J’ose. Et pour avoir osé, de deux ballerines à crédit, vous êtes là aujourd’hui et regardez ce que nous avons comme pièces. Ce métier anoblie l’homme et le sort du néant pour le positionner à la table des rois.
Quelles sont les célébrités qui portent vos pièces ?
La plupart du temps je ne donne pas de nom. Si elles veulent Donner leur nom, elles le feront elles-mêmes. Mais, je peux vous rassurer d’une chose, vous avez les directeurs de grandes banques ici à Abidjan, des personnalités que ce soit au Canada, aux Etats Unis, à Londres, en France. Celui qui ouvertement nous a présenté, c’est l’ambassadeur Salif Traoré alias A’salfo. Nous avons des députés de la Côte d’ivoire qui portent nos pièces.
L’ambassadeur Salif Traoré alias A’salfo
Que pouvez-vous dire à la jeunesse afin qu’elle puisse s’intéresser à ce secteur d’activité ?
Ce n’est pas moi qui dois demander à la jeunesse de s’intéresser à la cordonnerie. En Côte d’Ivoire, nous avons vu nos frères ghanéens, sénégalais et togolais venir travailler le cuir. Nous avons acheté les “Abodjé” (sandales artisanales traditionnelles faites mains). Aujourd’hui nous sommes dans le domaine. C’est qu’il y a comme une étincelle. Je suis dans un domaine ultra et hyper difficile et Très coûteux. Ce que je peux dire qui est vrai, est qu’il faut avoir le flair de l’opportunité. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, il faut chercher et trouver sa niche. Parce que ce sont les réseaux sociaux qui nous ont présenté. Avant il fallait passer à la télévision payer de l’argent pour trois secondes ou bien faire un panneau 12m².
“Bientôt nous allons ouvrir des classes de formation”
Aujourd’hui les réseaux sociaux sont à la portée de tous. Ce que je peux laisser comme message aux jeunes, c’est de trouver un trait de caractère qu’ils ont et donnez-lui de la valeur puis trouver sa singularité. De cette singularité, trouver ces personnes qui font mouche sur les réseaux sociaux. Dédicace spéciale à ma frangine Yvidéro. Voilà une personne qui a trouvé au chic qu’elle a, cela fait d’elle une des meilleures présentatrices de la place, qu’on le veuille ou pas. Les personnes qui sont intéressés par la cordonnerie, qu’elles s’arment de courage. Bientôt nous allons ouvrir des classes de formations à la Maison ENGELO BOTE (Riviera 3, lycée américain). Nous souhaitons pouvoir donner chaque année à la Côte d’Ivoire, une pépinière de 150 à 180 cordonniers que nous allons insérer dans le tissu social qui au fur et à mesure, vont anoblir leur dextérité. On pourra travailler en double vacation. Et un jour on aura pourquoi pas des usines de fabrication de chaussures de luxe en Côte d’Ivoire. Pour l’instant, nous avons de petits ateliers. Mais je voudrais m’adresser au Premier ministre Patrick Achi. J’ai été à cette réunion sur l’industrialisation de la Côte d’Ivoire dans tous les domaines. Et le cordonnier que je suis vous a regardé avec une admiration indicible.  Excellence, veuillez mettre à ma disposition les moyens et je vais donner à la Côte d’Ivoire des pépites, une pépinière de cordonniers dont vous serez fier. Et vous pourrez dire un jour, ces cordonniers-là, c’est moi qui leur ai donné la possibilité de devenir ce qu’ils sont.

 

Retrouvez cet entretien sur : https://youtu.be/VIUj8b0_Aks

Interview réalisée par Serge AMANY et Parfait KRA

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