Près d’un mois et quelques semaines après la clôture de la CAN 2023, nous nous sommes rendus à Yamoussoukro rencontrer la Directrice régionale du Tourisme afin de dresser le bilan de cet évènement et évoquer les perspectives dans cette ville, symbole touristique de la Côte d’Ivoire.
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Je suis Mme Soumahoro Félicité, j’ai assuré la Direction régionale d’Abidjan à partir de 2005, ensuite celle des Grands ponts en début 2022. En poste à Yamoussoukro depuis juin 2022, je totalise à ce jour 20 années en tant que directeur régional.
Quelles sont vos attributions en tant que Directeur régional ?
Comme toutes les directions régionales en Côte d’Ivoire, nous avons pour attributions d’accompagner les opérateurs du secteur dans la mise en conformité de leurs établissements, dans l’obtention de leurs agréments et licences d’exploitation, faire la prospection de sites touristiques, proposition des circuits touristiques à la structure de promotion et accompagner les évènements à caractère touristique par notre appui technique et institutionnel. Voici en quelques mots nos attributions.
Citez nous quelques évènements que vous accompagnez en termes d’attraction touristique.
À Yamoussoukro, nous avons mis l’accent sur le city tour ; vu que la grande partie de nos sites touristiques se retrouve à l’intérieur de la ville. Nous avons la résidence du Président Félix Houphouët-Boigny, le fondateur de la Côte d’Ivoire moderne ; le Lac aux caïmans, pour certain le Lac aux crocodiles ; mais en réalité nous avons les Caïmans, les crocodiles et les alligators dans le même lac. Nous avons la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix ainsi que la Basilique Notre-Dame de la Paix, la plus grande au monde. Vous savez à Yamoussoukro, le tourisme était axé sur le tourisme religieux. Aujourd’hui à côté de cela, nous sommes en train de développer le tourisme d’affaires. Nous avons plusieurs sites à l’intérieur de la ville, dont deux sont particulièrement reconnus à l’extérieur. Il s’agit du site de Bomizambo, village renommé, situé à 29 km de Yamoussoukro, avec son mythique pagne tissé baoulé. Nous avons également le site de Kondéyaokro avec la prestation de la spectaculaire danse de masque Goli.

Avez-vous d’autres évènements à caractère touristique que vous accompagnez ?
Ici, à Yamoussoukro, dans le centre de la Côte d’Ivoire, la plus grande attraction c’est la période la Pâques. Nous accompagnons donc, tous les festivals qui vont dans ce sens ; comme « Paquinou », « Paquinou rattrape ». En tant que direction régionale, nous commémorons le 27 septembre de chaque année, la journée mondiale du Tourisme. À cet effet, nous organisons des festivités. Ces dernières années, sous l’impulsion du ministre Siandou Fofana, nous avons la quinzaine touristique qui nous permet de faire connaître et découvrir toutes nos richesses à travers certains thèmes. En ce qui nous concerne, c’est le thème « Culture et religion » qui sous-tend notre démarche. Nous y travaillons en vue de permettre aux habitants de la Côte d’Ivoire de connaître nos richesses à ce niveau.
La CAN 2023 a pris fin le 11 février, quel a été votre ressenti après que Yamoussoukro ait été choisie comme ville hôte de cette compétition ?
Nous avons accueilli cette nouvelle avec beaucoup de joie, même si cela allait de soi. Yamoussoukro a été choisi pour son passé historique en sa qualité de ville du président fondateur de la Côte d’Ivoire ainsi que pour les infrastructures dont elle dispose en plus de celles qui ont pu être mises en place à la faveur du choix de cette ville. Il faut aussi saluer l’engouement de la population qui a adhéré au projet. Les promoteurs ont usé de toutes leurs capacités pour réussir à créer des structures qui allaient pouvoir accueillir et accompagner tous nos visiteurs et hôtes venus de divers horizons. Tout cela a permis aux populations de jouer leur partition dans cette CAN. Ils ont poussé leur équipe et ont festoyé comme on a pu le constater dans les rues.
Avez-vous eu des retours d’expérience des équipes qui ont participé à la compétition ici ?
Oui, ici à Yamoussoukro, nous avons eu la chance d’accueillir dans les débuts, quatre équipes à savoir le Cameroun, le Sénégal, la Gambie et la Guinée. Toutes ces équipes sont reparties satisfaites et ont été fort étonnées de voir qu’Abidjan n’était pas la seule belle ville du pays. Ici, ils se sont rendu compte que le développement était partout en Côte d’Ivoire. Que nous soyons à Abidjan, Bouaké, Korhogo et San Pedro. La qualité des infrastructures a démontré que la Côte d’Ivoire est belle. Ce sont des infrastructures de qualité qui ont vu le jour et qui leur ont permis de bien se loger et surtout de bien se restaurer. Toutes les conditions étaient réunies pour leur permettre d’être dans le meilleur état d’esprit possible pour la compétition. Cela pour dire que nous avons de très bons retours de nos frères Sénégalais, Camerounais, Guinéens et Gambiens. Ils étaient très bien logés dans des endroits sécurisés.
Vos établissements ont-ils été visités par la CAF ?
Oui, mais il faut dire qu’au départ nous avions une certaine pression de la CAF, qui nous demandait d’avoir des établissements de catégorie 4 et 5 étoiles. Alors que nous ne disposions que d’un seul de 5 étoiles, l’Hôtel Président et 1 de 4 étoiles qui est l’Hôtel HP Ressort. Donc pour que nous soyons aux normes recommandées par la CAF nous avons avec les opérateurs mis la barre très haute afin que nous ayons des infrastructures de très bonne qualité avec une dizaine d’établissements de 3 étoiles. La satisfaction de la CAF nous a permis de garder notre sérénité pour une belle organisation. Sous l’impulsion du ministre Siandou Fofana nous avions des rencontres et des missions à tout moment dans l’optique d’améliorer la qualité de nos prestations afin de répondre bien entendu aux exigences de nos visiteurs. Et, Dieu merci jusqu’à ce jour, nous n’avons pas reçu de plainte. Nous avons travaillé avec les sélectionneurs de ces équipes. Eto’o a été très satisfait de la qualité de nos prestations à tous les niveaux. C’étaient de bons retours d’expérience de toutes les équipes présentes à Yamoussoukro. Nous avions logé le président du Cap vert avec toute sa délégation qui est repartie avec un beau souvenir de Yamoussoukro.
Parlant de normes, quel est le nombre d’établissements qui ont pu bénéficier d’un classement au niveau de Yamoussoukro ?
Aujourd’hui, nous pouvons parler d’une dizaine d’établissements. Il faut dire que les classements s’étaient arrêtés depuis des années en Côte d’Ivoire et c’est seulement à la faveur de la CAN que nous avons pu recommencer le processus de classement. Au niveau local, nous avons à ce jour 45 établissements qui ont été évalués et qui restent en attente de classement. Nous faisons le pré classement à notre niveau et il y a une commission de classement au niveau d’Abidjan qui statue sur le nombre d’étoiles que nous avons proposé de leur attribuer. C’est donc à la fin de ce processus que le classement se fait. Nous avons bénéficié de la visite du Directeur du Guichet unique, qui est venu poser dix (10) panonceaux sur les établissements qui ont été classés à Yamoussoukro à quelques jours du lancement de la CAN.
La classification prend elle en compte les restaurants ?
Pour l’instant, ce ne sont que les établissements hôteliers. Nous avons déjà enclenché le processus ; nous avons transmis à la commission qui statue la liste des premiers établissements et sommes en attente de sa mise en route afin que nous continuions la classification. Notre objectif c’est de classer tous nos établissements afin qu’on puisse reconnaître un établissement de 0 à 5 étoiles. C’est aussi un moyen d’aider les moins classés ou ceux qui ne le sont pas, à se surpasser pour gravir les échelons. C’est ça notre challenge pour l’année 2024.
Y a-t-il une véritable politique d’accompagnement pour ces opérateurs du secteur Tourisme et Loisirs ?
Oui, bien entendu. Nous avons le Fonds de développement touristique (FDT) qui est à la portée de nos établissements. C’est aux opérateurs de faire la demande. Nous avons également le Conseil National du Tourisme (CNT) qui accompagne les opérateurs. Il faut que nos opérateurs comprennent que s’ils rencontrent des difficultés, ils ont le devoir de nous les rapporter afin que nous puissions les orienter au besoin. Il y a des mécanismes mis en place pour les accompagner. Ils n’ont pas l’information et nous déplorons quelquefois que les faîtières ne descendent pas les informations à leurs membres. L’accompagnement peut être financier ou technique.
La CAN 2023 est terminée. Quel bilan dressez vous ?
Nous avons un bilan positif. Notre objectif principal était que tous nos visiteurs soient très bien logés. Que tous ceux ou celles qui étaient demandeurs de structure d’hébergement puissent en avoir. Et, ce challenge, nous l’avons réussi. Pour les trois (3) grands matchs à Yamoussoukro ; nous n’avons pas entendu dire que quelqu’un a dormi à la belle étoile. Nous avons pu satisfaire toutes les demandes qui nous ont été adressées. Nos hôtes sont repartis satisfaits, donc à ce niveau c’est un pari gagné pour nous. Lorsque nous arrivions en 2022 à la Direction régionale, nous comptions 282 établissements d’hébergement ; à ce jour nous sommes à une liste exhaustive de 505 établissements d’hébergement. C’est pour dire que nous avons fait un travail de terrain. Bien entendu nous ne l’avons pas fait seuls ; il y a des structures qui nous ont accompagnées constamment dans l’atteinte de ce chiffre ; c’est aussi l’occasion de les remercier. En matière de restauration, vous l’avez constaté ; on a très bien mangé et on pouvait trouver de la nourriture à tous les coins de rue. Et avec les victoires de la Côte d’Ivoire, c’était l’extase dans les rues et bien entendu nos maquis et restaurants n’ont pas chômé. Nous n’avons pas entendu parler d’indigestion non plus. Nos restaurateurs sont à féliciter, ils ont veillé à l’hygiène alimentaire. Ce sont les retours d’expérience qui nous reviennent.

Nous sommes en 2024. Quelles sont vos projections pour réussir votre mission ?
Pour réussir ma mission à Yamoussoukro, il faut vraiment aider les 505 établissements à être conformes à la réglementation ivoirienne, parce que c’est cela notre plus grosse difficulté. À la faveur de la CAN, nous avons réussi un grand pas, mais ce pas n’est pas achevé puisque c’est une marche que nous avons franchie. Nous exhortons et aidons tout le monde à être en règle vis-à-vis de l’administration. Beaucoup d’opérateurs l’ont compris et les autres sont en train de leur emboiter le pas. C’est notre première préoccupation. Notre deuxième défi, c’est de pouvoir dénicher d’autres sites touristiques en dehors du city tour. Il faut que nos visiteurs de 2023-2024 viennent découvrir d’autres attractions et de nouveaux sites en 2025. Nous sommes sur le terrain, afin d’explorer de nouvelles pistes pour sortir d’autres attraits touristiques, afin que les visiteurs ne se lassent pas de venir découvrir ou redécouvrir notre belle ville.
Votre mot de fin.
C’est de dire merci à tous nos opérateurs de Yamoussoukro qui ont compris le message du ministre Siandou Fofana et qui sont déterminés à accompagner la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire ». Il faut dire que lorsque l’État de Côte d’Ivoire s’était engagé à organiser la CAN ce n’était pas donné. Il y avait de nombreux défis à relever. Il fallait mettre de gros moyens et engager des gens pour accompagner cette vision. Pour cela, nous ne pouvons que dire merci à tous nos opérateurs ; parce que construire un établissement hôtelier ce n’est pas facile encore moins en faire la restructuration. C’est énormément d’argent, d’investissements afin de créer des emplois pour nos jeunes gens. Ils se sont engagés afin que cet évènement soit une réussite. Nous leur exprimons notre gratitude, car c’est par leur concours que nous avons réussi. Une administration sans administrés n’est rien. Infiniment merci à eux. Nous voulons leur annoncer également qu’il y a de belles choses qui arrivent. Qu’est-ce qu’on fait après la CAN ? C’est très souvent la question des opérateurs. Nous allons tous ensemble y réfléchir, même si nous avons déjà des idées. C’est ensemble que nous allons les peaufiner. Un investissement nécessite un résultat dans le long terme. Merci au repthoci.net, qui nous permet de nous adresser à travers le digital à nos opérateurs du secteur.
Entretien réalisé par Parfait KRA
