La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) marque une étape décisive dans la construction d’un marché unique africain. En plaçant le tourisme et le transport parmi les cinq premiers secteurs de services appelés à être progressivement libéralisés, aux côtés des services financiers, des télécommunications et des services aux entreprises, l’accord continental confirme le rôle stratégique de ces activités dans le développement économique de l’Afrique.
Cette orientation ouvre de nouvelles perspectives aux États, aux investisseurs et aux opérateurs du secteur touristique. La ZLECAf vise à faciliter la circulation des services liés aux voyages, à l’hôtellerie, aux agences de voyages, aux tour-opérateurs ainsi qu’aux nombreuses activités qui composent la chaîne de valeur du tourisme africain. L’objectif est de bâtir un espace où les entreprises pourront proposer leurs prestations au-delà des frontières nationales et où les voyageurs africains circuleront plus facilement d’une destination à l’autre.
Le transport constitue, lui aussi, un pilier incontournable de cette transformation. La réduction des restrictions réglementaires, l’harmonisation des normes ainsi que la reconnaissance mutuelle des licences et certifications devraient améliorer la mobilité des personnes, des marchandises et des prestataires de services. Une telle dynamique renforcera la compétitivité des entreprises africaines de transport terrestre, maritime, aérien et ferroviaire tout en facilitant les échanges commerciaux sur le continent.
Selon les projections de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), la mise en œuvre intégrale de la ZLECAf pourrait accroître le commerce intra-africain de près de 40 %. Les services de transport pourraient, quant à eux, enregistrer une progression d’environ 50 % des échanges intra-africains, illustrant l’importance de la mobilité dans le processus d’intégration économique du continent.
Pour le secteur touristique, les perspectives sont tout aussi prometteuses. Le développement de circuits régionaux, la multiplication des voyages d’affaires, la création d’offres touristiques combinant plusieurs destinations africaines ainsi que le renforcement des partenariats entre opérateurs devraient donner un nouvel élan au tourisme intra-africain, aujourd’hui encore largement sous-exploité.
La Côte d’Ivoire, engagée dans la mise en œuvre de la stratégie Sublime Côte d’Ivoire, dispose d’atouts majeurs pour tirer profit de cette ouverture continentale. Ses infrastructures modernes, son dynamisme économique, son réseau routier en constante amélioration, son port, son aéroport international et la richesse de son patrimoine culturel et naturel peuvent en faire une destination de référence en Afrique de l’Ouest.
Mais cette nouvelle donne impose également une profonde réflexion sur la gouvernance du secteur touristique ivoirien. Si la ZLECAf encourage l’intégration des marchés, elle invite aussi chaque État à renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et les acteurs privés afin de construire une stratégie nationale cohérente.
Dans cette perspective, il apparaît nécessaire que la Côte d’Ivoire poursuive l’harmonisation des décisions entre l’administration du tourisme et les opérateurs privés. Les fédérations professionnelles, associations, organisations patronales et faîtières du secteur gagneraient à renforcer leur coordination afin de défendre une vision commune du développement touristique.
À cet égard, la mise en place d’un véritable Patronat du Tourisme Ivoirien, regroupant l’ensemble des familles professionnelles du secteur, pourrait constituer une avancée majeure. Une telle organisation permettrait aux opérateurs de parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics, de participer plus efficacement à l’élaboration des politiques sectorielles, de défendre les intérêts des entreprises touristiques et d’accompagner la mise en œuvre des réformes qu’impose l’ouverture du marché africain.
Cette démarche favoriserait également une meilleure concertation avec l’administration du tourisme, une plus grande cohérence des positions ivoiriennes dans les instances régionales et continentales, ainsi qu’une représentation plus forte des professionnels dans les grands chantiers liés à la ZLECAf.
Dans un contexte où la concurrence entre destinations africaines s’intensifie, la réussite ne dépendra pas uniquement de la qualité des infrastructures ou des investissements publics. Elle reposera aussi sur la capacité des acteurs à construire une gouvernance inclusive, capable d’associer durablement l’État et le secteur privé autour d’une vision commune.
La ZLECAf offre aujourd’hui une occasion unique de transformer le tourisme africain en véritable moteur de croissance, d’emplois et d’intégration. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse désormais la simple promotion de la destination : il s’agit de bâtir un écosystème touristique uni, organisé et représentatif, capable de saisir pleinement les opportunités du marché continental et de faire rayonner la destination Sublime Côte d’Ivoire dans toute l’Afrique.
Go Abdoulaye
