Orpaillage illégal : un frein majeur au tourisme ivoirien

La Côte d’Ivoire mise résolument sur le tourisme comme pilier de diversification économique, avec l’ambition de faire de « Sublime Côte d’Ivoire » une destination attractive et durable. Pourtant, un fléau silencieux mais dévastateur menace ce potentiel : l’orpaillage illégal. Ce phénomène, jugé « fortement préoccupant » par le Conseil national de sécurité, ne se contente pas de piller les ressources minières et de dégrader l’environnement. Il sape directement les atouts naturels, culturels et sécuritaires sur lesquels repose le tourisme.

Un paysage touristique en péril

Les sites d’orpaillage clandestin se multiplient dans de nombreuses régions : Séguéla, Mankono, Dabakala, Bonon, l’Est, le Nord, le Centre, et jusque dans des zones proches de destinations touristiques. Les conséquences sont visibles et mesurables. Des forêts classées et des espaces naturels sont déboisés, des terres agricoles et des bassins versants transformés en paysages lunaires criblés de trous et de bassins de décantation. L’usage massif de mercure et de cyanure contamine les sols, les nappes phréatiques et les cours d’eau.

Un cas emblématique concerne la lagune Aby, à proximité d’Assinie, l’une des vitrines balnéaires du pays. Les activités d’orpaillage en amont (notamment entre Aboisso et la frontière ghanéenne) ont rendu les eaux troubles et boueuses. Poissons, crevettes et langoustes se raréfient, l’érosion progresse et l’image de la destination se dégrade. Les responsables d’établissements hôteliers ont tiré la sonnette d’alarme auprès des autorités, soulignant que cette pollution menace directement les activités touristiques, la pêche locale et la santé des populations. Les parcs nationaux (Taï, Comoé, Banco), les forêts, les rivières et les paysages qui constituent le capital touristique de la Côte d’Ivoire sont ainsi progressivement amputés. Un touriste en quête d’écotourisme, de nature préservée ou d’expériences authentiques ne s’attarde pas dans une région où les sols sont stérilisés, les eaux polluées et la biodiversité en déclin.

Sécurité, image et attractivité

L’orpaillage illégal attire des populations flottantes, souvent étrangères, et s’accompagne fréquemment d’insécurité : vols, trafics, prostitution, tensions foncières et parfois des réseaux criminels. Dans un contexte régional sensible, ces zones deviennent des points de fragilité. Or le tourisme exige avant tout un sentiment de sécurité. Une destination perçue comme instable ou dangereuse perd immédiatement en attractivité, tant auprès des visiteurs internationaux que nationaux. L’image de la Côte d’Ivoire en pâtit. Alors que le pays investit dans la promotion, les infrastructures et la formation, les reportages et les témoignages sur les sites clandestins, les pollutions et les dégradations contredisent le message d’une destination « sublime ». Le tourisme durable ne peut prospérer sur un environnement dégradé.

Que doivent faire les acteurs du secteur touristique ?

La lutte contre l’orpaillage illégal ne peut reposer uniquement sur les forces de sécurité et les autorités minières. Les acteurs du tourisme ont un rôle crucial à jouer, car ils sont à la fois victimes et parties prenantes de la solution.

1/ Sensibiliser et alerter : Les hôteliers, guides, tour-opérateurs, associations professionnelles et collectivités locales doivent documenter et signaler systématiquement les impacts sur leurs zones d’activité. Le précédent d’Assinie montre que la voix collective des professionnels du tourisme peut mobiliser les autorités. Il faut multiplier les alertes auprès du ministère du Tourisme et des Loisirs, de celui de l’Environnement, des préfets et des médias spécialisés.

2/ S’impliquer dans la gouvernance locale : Participer activement aux comités départementaux de sécurité, aux cellules civilo-militaires et aux instances de concertation locales. Les acteurs touristiques peuvent porter la voix de la préservation des attraits naturels et plaider pour une meilleure coordination entre tourisme, mines et environnement.

3/ Promouvoir et soutenir les alternatives économiques : Dans les zones touchées, accompagner les communautés vers des activités durables : agritourisme, écotourisme communautaire, artisanat, transformation agroalimentaire. Le tourisme peut offrir des revenus plus stables et moins destructeurs que l’orpaillage. Des partenariats avec des projets de restauration des sols ou d’écotourisme peuvent créer des synergies positives.

4/ Intégrer la préservation dans l’offre touristique : Mettre en avant les destinations et les opérateurs engagés dans la protection de l’environnement. Valoriser les circuits qui respectent les espaces naturels, sensibiliser les visiteurs aux enjeux de l’orpaillage et encourager un tourisme responsable. Cela renforce l’image de la destination tout en créant une pression positive.

5/ Collaborer avec les autorités et la société civile : Soutenir les opérations de démantèlement et de réhabilitation des sites, tout en plaidant pour des solutions durables : formalisation de l’orpaillage artisanal là où c’est possible, accompagnement social des populations dépendantes, restauration écologique des zones dégradées. Le tourisme a intérêt à ce que les terres et les eaux redeviennent attractives.

Un enjeu de survie pour la destination

L’orpaillage illégal n’est pas qu’une affaire minière ou sécuritaire. C’est une menace directe pour le capital touristique de la Côte d’Ivoire. Chaque hectare déboisé, chaque rivière polluée, chaque zone rendue insécure est une perte nette pour l’attractivité du pays. Les acteurs du tourisme ne peuvent rester spectateurs. Ils doivent se positionner comme vigies et partenaires actifs de la préservation. La Côte d’Ivoire a les atouts pour devenir une grande destination africaine. Encore faut-il protéger ce qui fait sa richesse : ses paysages, ses eaux, sa biodiversité et sa paix. L’or jaune de l’orpaillage clandestin ne doit pas tuer l’or vert et bleu du tourisme.

Par la rédaction du repthoci.net

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