Mme Koné Myriam épouse Traoré : « Nous voulons être la première chaîne hôtelière en Côte d’Ivoire »

Koné Myriam épouse Traoré Dohia Directrice générale de Iman’s Hôtel Group/1ère vice-présidente de la FNIH-CI.

Titulaire d’un master en droit des affaires Koné Myriam épouse Traoré Dohia s’est découvert dès sa tendre enfance une passion pour le voyage et l’hôtellerie qui n’a cessé de grandir au fil des ans. Avec son partenaire et époux, elle opère un virage à 180° ! En une dizaine d’années d’existence, le groupe Iman’s compte 3 hôtels, bientôt 4. Et cette belle aventure ne fait que commencer.

 

Comment êtes-vous arrivée à l’hôtellerie ?

En 2008 j’ai décidé de rentrer en Côte d’Ivoire je voulais me lancer dans une carrière juridique malheureusement les choses ne se sont pas déroulées comme je les avais prévues. J’ai décidé en 2012 de créer une chaîne hôtelière qui allait être partout en Côte d’Ivoire. Quand je suis revenue après mes études universitaires, cette passion du voyage, des hôtels, que mon père, enseignant à l’université m’avait très tôt inculquée en m’offrant l’opportunité de découvrir le monde, avait grandi. J’ai décidé de faire de ma passion, mon métier. C’est ainsi que mon époux et moi, avons décidé de créer cette chaîne que nous avons baptisée Iman’s hôtel.

 Pourquoi Iman’s ?

« Iman’s » a une signification particulière pour moi parce qu’en 2010 j’ai donné naissance à mon garçon, mon deuxième enfant dont le prénom Iman signifie en arabe : avoir la foi en Dieu. Quand il a fallu trouver un nom pour l’hôtel, c’est venu spontanément. Mon mari a juste suggéré qu’on y ajoute une apostrophe et un s pour apporter une touche de modernité au nom.

 Dans quelle ville démarre votre aventure dans l’hôtellerie ?

Mon époux étant natif de Boundiali, il a un attachement particulier pour cet endroit. Raison pour laquelle notre choix s’est porté sur cette ville. C’était parfait pour nous. Le premier Iman’s y a été construit à Boundiali. Il nous a fallu une étude de l’environnement. Nous avons acquis les terrains dans une zone qui n’était pas habitée et avons été les premiers dans le quartier à faire la construction d’un bâtiment moderne. C’est un sentiment de fierté qui nous anime aujourd’hui, pour avoir fait œuvre utile en tant que pionniers.

En quelle année démarrez-vous l’aventure ?

Nous avons démarré l’aventure Iman’s en 2012. La Côte d’Ivoire sortait de crise et il n’y avait plus de réceptifs hôtelier dans les zones en dehors de la ville d’Abidjan. Les hôtels existants avaient été saccagés. Au début, il y avait des appréhensions. Boundiali étant une ville musulmane, dès qu’on parle d’hôtel, vous êtes affublés d’un crédit défavorable. L’investissement était un projet énorme en termes de construction.

 Quel a été votre première activité ?

Ma première activité a été la convention RHDP à Boundiali et grâce au président du conseil régional M. Bamba Siama et à l’administration locale qui nous a soutenus effectivement, on a commencé à être connu, au point où le quartier a été baptisé : « Iman’s ». Boundiali, c’était vraiment le test pilote, ça a été difficile au début parce qu’il n’y avait pas de flux financier. Il fallait malgré cela assurer les charges, dont les salaires. On a dû faire beaucoup de sacrifices pour pouvoir monter le business, mais 10 ans après, notre activité a commencé à prendre son envol, l’objectif a été atteint après tant de travail. L’hôtellerie c’est comme le vin, elle se bonifie avec le temps. C’est une activité qui met en exergue l’endurance, la rigueur, la formation et la passion.

Avec combien de chambres avez-vous commencé à Boundiali ?

On a débuté avec 20 chambres, une piscine, un restaurant bar, un espace événementiel et un nightclub. Aujourd’hui on est à 40 chambres, nous avons augmenté notre capacité d’accueil avec les extensions au niveau de la cité Iman’s. Ces villas sont faites pour des clients qui viennent pour de longs séjours. Boundiali a amorcé une autre phase de son développement après 2012. On s’est vite rendu compte qu’il y avait vraiment du potentiel et des besoins dans la zone. La qualité de notre réceptif et de notre service fait de nous le numéro 1 dans cette ville.

Quelle a été votre vision en vous lançant dans ce secteur ?

Notre vision n’est pas de faire de grands hôtels avec une multitude de chambres. Notre objectif est plutôt d’essaimer dans toute la Côte d’Ivoire en offrant des sites avec tout ce qu’il faut aux Ivoiriens ainsi qu’au non nationaux qui sillonnent l’étendue de la Côte d’Ivoire. Nous travaillons à incruster l’image d’Iman’s dans les esprits. Nous voulons conquérir toute la Côte d’Ivoire. A cet effet, nous sommes engagés dans un processus de chaîne hôtelière. Nos hôtels sont situés à Boundiali, Dabou, Daloa et Kolia dont l’ouverture est prévue en aout 2023. Nous mettons en avant la même identité visuelle avec néanmoins quelques spécificités propres à chaque région. Nos réceptifs ont les mêmes couleurs, le même type de chambre, le même mobilier et le même aménagement. Nous ne sommes pas dans du très haut de gamme, nous mettons un point d’honneur à offrir une expérience unique à nos clients avec des chambres aux décorations typiquement ivoiriennes, une gastronomie ivoirienne. Nous travaillons en famille avec des stratégies de développement et de planification à tous les niveaux. Cela nous a permis d’affiner nos réflexions et prendre les décisions idoines.

Où avez-vous décidé de poser vos valises par la suite ?

Passionné par le risque, on décide de prendre pied à Dabou avec un deuxième site en 2014. C’est le plus petit site avec 13 chambres, une piscine, un espace événementiel, un restaurant. En 2015-2016, on accélère le processus en construisant le site de Daloa. C’est une ville où l’activité est en plein essor. On duplique le même modèle que Boundiali avec une capacité de 30 chambres. Etant native de Daloa de par mon père, Iman’s ne pouvait pas ne pas y être. Après des débuts mitigés, nous avons pu prendre notre place avec l’expérience que nous avons pu avoir dans le domaine. La spécificité de Daloa, est qu’on y organise de nombreux séminaires au point que notre capacité d’accueil a été vite dépassée. Il nous a fallu accroître notre offre. Nous avons pu avoir cette fois, Aujourd’hui Iman’s Daloa est devenu le fleuron de notre chaîne hôtelière. Il compte 40 chambres que nous comptons porter à 50 dans un futur proche. Nous poursuivons néanmoins notre expansion avec l’ouverture d’un autre Iman’s dans un style un peu plus différent à Kolia au mois d’août et un autre réceptif à Duékoué en 2024.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

Les difficultés que nous rencontrons se situent à deux niveaux. Le premier se situe au niveau des charges fiscales. En ce qui concerne la création et l’accompagnement, nous avons l’impression que le système ne nous encourage pas à créer des entreprises. Quand nous avons commencé cette aventure à Boundiali, nous étions confrontés aux problèmes d’adduction en eau et en électricité. Notons que ces difficultés se sont transformées en réalisation avec l’arrivée de notre maire Mme la ministre Mariatou. Nous avons aussi des difficultés avec les services des impôts. Les rapports entre les administrations locales et les entrepreneurs que nous sommes sont très difficiles.

Et tout ça n’est pas de nature à rassurer les chefs d’entreprise. Figurez-vous que lorsque vous réalisez un hôtel, il faut que vous vous prépariez à passer 3 voire 4 ans avant que l’activité ne décolle. Comment faire face à toutes ces charges pendant cette période. Ce n’est vraiment pas évident. Vous vivez constamment sous pression face à tout ça.   Les acteurs de l’hôtellerie, ont l’impression d’être des énigmes. Lorsqu’il s’agit de procéder à l’accès aux financements.

Nous sommes des énigmes pour les structures bancaires. Malgré le fait qu’elles ont accès à nos historiques, celles-ci se montrent frileuses quand il s’agit de nous accompagner. Nous avons et sommes toujours confrontés à la réticence des banques, ce qui fragilise notre secteur d’activités.

Avez-vous des motifs de satisfaction ?

Investir dans l’hôtellerie, c’est participer au développement économique et social de son pays. Parce qu’on vient avec une idée, on développe une ville, on crée des emplois. A Iman’s on recrute le personnel dans les zones où nous sommes installés. On donne la chance à des jeunes qui n’ont jamais fait le métier. Et on prend soin de les former. Nous recrutons des professionnels pour des postes de direction et nous travaillons avec les commerçants, les agriculteurs et les éleveurs locaux. Je tiens aussi à tirer mon chapeau à mes collaboratrices et collaborateurs pour leur motivation et leur fidélité à cette entreprise depuis 2012. Nous pouvons affirmer que notre politique sociale a été pour bon nombre de jeunes comme l’école de la seconde chance.

Quelle place accordez-vous aux femmes dans votre entreprise ?

Iman’s est non seulement dirigée par l’amazone que je suis, mieux, l’effectif est composé à 80% de femmes. Nos deux plus grands hôtels à savoir Boundiali et Daloa sont également dirigés par des femmes dynamiques. Sur un effectif total de 50 personnes, 10 sont des hommes. Cela me tenait vraiment à cœur. Je peux crier haut et fort que c’est la meilleure option. J’ai pu avoir la certitude que les femmes en plus d’être dévouées, sont méticuleuses et très honnêtes en matière de gestion. Nous avons mis un accent particulier sur l’employabilité et l’autonomisation de la femme.

L’hôtellerie ne va pas sans la restauration. Comment se fait l’approvisionnement ?

Tout ce que vous consommez à Iman’s est produit localement par des agriculteurs et des éleveurs locaux. Nous travaillons beaucoup aussi avec des coopératives de femmes, comme c’est le cas à Boundiali, mais également dans nos autres hôtels, où elles nous fournissent des légumes, mais aussi de la viande de bœuf, du poulet ainsi que des pintades. Au niveau de l’embellissement de l’espace, nous nous sommes attachés les services des jeunes de la ville. Nous travaillons également en étroite collaboration avec les femmes potières de Boundiali qui font des décorations et des pots en terre cuite, en argile. Leurs différentes pièces sont utilisées pour la décoration de nos hôtels. Je fais ainsi du tourisme local, un moteur du développement économique.

 Vous avez le mérite d’avoir financé le 1er Iman’s sur fond propre. Combien cela vous a coûté ?

Pour un hôtel comme Boundiali, on peut avoisiner les 400 millions FCFA. Il faut y mettre l’achat du terrain, la construction du bâtiment, les commodités de logement, les accessoires, la décoration, la literie etc. Ce qu’il est important de préciser, est que nous n’avions pas tout cet argent à disposition. Les financements ont été faits par étape. Au vu de ce qui a été réalisé, je dirai que mon partenaire et moi avons été de véritables stratèges. Cet hôtel a nécessité beaucoup de planification, mais aussi beaucoup de privation. Ce qui est intéressant, c’est qu’au début nous avons mis nos fonds propres, pour pouvoir réaliser le projet mais aujourd’hui on est arrivé à un stade où ce sont les hôtels Iman’s qui financent maintenant la construction des autres Iman’s.

Les banques vous comprennent-elles mieux aujourd’hui ?

Oui. Il y a eu une énorme réforme en ce qui concerne les financements, mais les intérêts sont quand même élevés. L’argent coûte malheureusement toujours cher. Je vous dirai que les microfinances accompagnent plus les hôteliers que les banques. C’est avantageux, mais il y a des inconvénients. Parce qu’avec une microfinance, c’est vrai que vous avez de l’argent rapidement donc la mise à disposition de l’argent se fera vite, mais le remboursement va aussi se faire sur une courte durée et sera plus élevé que dans une banque classique. C’est vrai qu’il demande cependant, moins de documents administratifs.

Quels conseils pouvez-vous prodiguer aux femmes qui hésitent à entreprendre ?

Peu importe le domaine d’activité dans lequel vous êtes et exercez, il faut avoir de la détermination, une formation de base, de la constance, de la structuration et un suivi. Il ne faut pas se dire que parce que je suis inactive, je ne suis pas capable de créer ou de faire une activité. Passez à l’action ! Ne laissez aucune place à l’hésitation, au doute ou à l’angoisse. Ensuite je vous recommande d’accepter de vous tromper. Acceptez l’échec. Tout commence par l’échec. Vous pouvez commencer une activité qui ne fera pas des chiffres énormes, ou porter immédiatement ses fruits, mais croyez en vous, croyez en votre business. Et si ça décolle, alors améliorez-le. Ajoutez toujours de petites touches d’innovation. Ayez toujours à l’esprit de peaufiner votre produit, mais surtout, passez à l’action. J’ai une phrase que je me répète tous les matins : « Tout est possible ». Répétez cette phrase tout le long de votre vie et vous verrez les miracles de cette phrase magique. Ayez la foi, la conviction, soyez courageuse et résiliente et surtout passionnée parce que sans passion vous ne pourrez pas faire des exploits. Enfin, formez-vous parce que sans formation vous ne pourrez pas être excellente. Usez de stratégie et de planification avec un zeste de goût de risque et vous atteindrez sûrement les sommets.

 Hervé KOUTOUAN

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